Je suis Charlie

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Approche‐toi, petit ; vois ce crayon qui pleure:
Il ne reverra plus la main de son ami…

Ils n’avaient qu’un dessin plein d’humour pour seule arme,
Un jet de déraison dans un monde d’égos ;
Leur satire lançait un vibrant cri d’alarme
À ceux qui oublieraient que nous sommes égaux .

Approche‐toi, petit ; vois cette ébauche en pleurs
Sublimée par le sang versé de son ami …

Changeant la vanité en pure dérision͵
Ils se moquaient de l’ordre et du joug des tutelles
Et n’accordaient aux dieux et à leurs religions
Qu’une caricature aux paroles rebelles.

Approche‐toi, petit ; vois cet homme qui pleure
Éclaboussé du sang de son meilleur ami;

Approche‐toi, petit, de cet homme qui meurt
Pour avoir refusé de porter un bâillon …

Le silence venu honorer les victimes
Refuse la folie de ce nouveau tyran
Qui définit ses lois et justifie son crime
En déformant l’appel des pages du Coran.

Approche‐toi, petit ; apprivoise ta peur,
Qu’ il ne puisse jamais assouvir les nations.

Ceux qui n’ont pu finir leur tout dernier dessin
Nous lèguent dans la mort une ultime fierté,
Ce sourire narquois, qui dit aux assassins :
Vous n’abolirez pas l’esprit de liberté!

Approche‐toi, petit, et surtout n’aie pas peur :
Dans les traces de sang, ramasse mon crayon.